samedi 30 octobre 2010

Je suis infidèle

Je ne suis loyal qu'envers moi-même et envers ceux que j'aime. Et je ne suis fidèle à rien ni à personne. Les chiens sont fidèles. Pas moi.

Ce qui fait que parfois je me sauve en courant. Je n'en ai pas honte. Je ne me sens pas coupable. Je vais là où je me sens bien. Pas question de faire semblant. La vie est trop courte pour s'enfarger dans l'ego des autres.

Tout ça pour dire que ceux qui me connaissent le mieux n'ont absolument pas été surpris des récents changements dans ma vie (ma transition professionnelle, entre autres choses).

Ça ne m'empêche pas d'être un homme stable. Je suis amoureux de la même femme depuis plus de onze ans. Ce n'est pas rien.

Notez, je dis «amoureux» de la même femme. Pas seulement «J'ai la même blonde» ou «Je suis avec la même femme». Je suis amoureux d'elle, tous les jours depuis ce temps. Nous ne sommes pas toujours d'accord. Nous n'avons pas toujours les mêmes besoins ni les mêmes envies. Mais je suis amoureux d'elle chaque jour. Parce que c'est un voeu qui peut - qui doit - se renouveler de la sorte.

Cette longue introduction, c'est simplement pour vous dire que je ne suis pas fidèle non plus à blogger. Dans le cadre de mes nouvelles fonctions, j'ai découvert la plateforme wordpress que j'apprécie particulièrement. Alors j'ai tout simplement importé le blogue Cris écrits sur le blogue Le carnet de flânage, disponible à jeanfrancoiscaron.wordpress.com. C'est là que je continuerai de bloguer.

samedi 23 octobre 2010

Citation : Élisabeth Vonarburg

Il y avait cette semaine l'inauguration officielle du circuit littéraire La Littérature aux abords des rivières, organisé par le Salon du livre du Saguenay - Lac-Saint-Jean. À La Baie, Chicoutimi et Jonquière, des bornes présentant le travail d'auteurs de renom, morts ou vifs, étant nés ou ayant vécu dans la région.
Invitée à prendre la parole, Élisabeth Vonarburg, dont la borne est installée dans la portion chicoutimienne du parcours, a fait un superbe discours - de ceux qui devraient être publiés. Je retiens entre autres ce passage où elle compare la fin d'une histoire avec celle de la fin d'une rivière, qui s'ouvre sur la vastitude :

«Le lecteur peut continuer son voyage quand l'histoire fait semblant d'être finie...»
(Élisabeth Vonarburg, 21 octobre 2010)
photo: Élaine Brodeur (source)

jeudi 21 octobre 2010

Questionnaire de La Recrue

Je le disais dans un autre billet, le webzine larecrue.net m'a choisi comme recrue du mois d'octobre. J'ai donc dû répondre au questionnaire de la recrue, que je transcris ici.


1.  Avez-vous écrits d’autres types de textes avant de vous tourner vers le roman ?

J’ai aussi publié de la poésie. En 2006 paraissait Des champs de mandragores (aussi à la Peuplade). C’était un appel humaniste halluciné où je traitais des difficultés vécues dans le milieu de la culture ainsi que des lacunes démocratiques importantes symptomatiques du désintérêt populaire répandu… J’y faisais aussi un rapport entre la beauté esthétique et la laideur conventionnée, jouant de contrastes irréconciliables. Cette façon de chercher le beau là où personne ne l’attend plus fait d’ailleurs partie de ma démarche depuis ce temps.

Plus récemment, en septembre 2010, j’ai publié aux éditions Trois-Pistoles un nouveau recueil de poésie. Celui-ci est en quelque sorte une parenthèse dans ma production. J’ai choisi d’y faire un témoignage poétique à propos d’une expérience vécue – c’est le récit poétique d’un père qui se penche sur le corps malade de son fils, de la même façon qu’une génération de nationalistes de la première heure voit défaillir leur rêve d’avoir un pays. Du coup, j’en profite pour parler d’un nouvel eugénisme à repousser, celui de l’image de la perfection devenue une quête sociale de premier plan.

Enfin, j’ai été pendant cinq ans rédacteur en chef de Voir Saguenay – Alma, publication pour laquelle j’ai aussi agi comme chroniqueur pendant quatre ans. Ma chronique a d’ailleurs été pour moi un bel exercice de style. Si le choix du sujet a toujours été d’une grande importance, je me suis souvent amusé à jouer avec les mots, à introduire des séquences de narration, à expérimenter différentes stratégies rédactionnelles. L’intérêt n’était donc pas autant de dénoncer que de rendre esthétique le rapport à différentes problématiques culturelles, sociales ou politiques.

2.    Avez-vous un rituel d’écriture ?

Ce n’est pas un rituel au sens où on l’entend le plus souvent – je n’ai pas l’habitude de commencer mes journées par un marathon matinal d’écriture comme le fait par exemple Hervé Bouchard (Mailloux, Parents et amis sont invités à y assister, Harvey). J’admets toutefois qu’il m’arrive de profiter du calme de la fin de soirée pour prendre un verre de rouge et écrire quelques lignes, ne serait-ce que pour profiter d’un instant de bien-être dans le silence post-apocalyptique de la maisonnée, quand les garçons sont enfin couchés.

Ce qui se rapproche toutefois le plus d’un rituel dans ma pratique, c’est cette tendance que j’ai d’écrire à voix haute. C’est-à-dire que je narre à haute voix tout ce que j’écris, comme si j’en faisais lecture à quelqu’un, jusqu’à ce que j’arrive à me mettre le texte en bouche sans que la langue ne me fourche. Ainsi, pour Nos échoueries,  je peux affirmer avoir relu chaque passage et chaque chapitre une multitude de fois, au point où j’en sais quelques passages par cœur.

Cette pratique me permet d’avoir une trame narrative qui colle véritablement à mon souffle. Elle me vient de l’habitude que j’ai d’écrire en prévision de soirées de poésie et d’autres événements publics me demandant de prendre le micro. J’ai par exemple été membre pendant plusieurs années du mouvement saguenéen de création sous contraintes 3REG, qui exige la production bimensuelle d’un nouveau texte à présenter en public. Ce fut une école remarquable. Je participe aussi régulièrement à des événements comme les soirées des Poèmes animés (des événements plutôt «trash», contrairement à ce que laisse penser leur intitulé bon enfant) ainsi que les Nuittes de poésie au Saguenay.

3.    Quel serait, pour vous, le point de départ de l’écriture (une anecdote, un personnage, un thème, une thèse, etc.) ?


À la source de Nos échoueries… Un jour, j’ai découvert dans les documents de mon beau-père un tapuscrit datant de plusieurs années… Mon beau-père avait travaillé plusieurs années dans un foyer de personnes âgées. Un jour, un vieil homme bénéficiant de ses services lui a demandé s’il voulait faire avec lui le tour de la Gaspésie – ce qu’il tenait à faire avant de mourir. Mon beau-père a pris congé et l’a emmené avec lui. Tout au long du voyage, le vieil homme a pris des notes, qu’il a ensuite tapées à la machine – pour la postérité! Si le document en question n’avait pas de valeur littéraire remarquable, il demeurait pour moi l’important symptôme d’un désir de transmission qui serait très riche en inspiration. Le vieil homme est devenu Pierre Saint-Pierre, que le personnage principal de mon roman voudra faire voyager… d’une façon toute différente.

Plusieurs anecdotes ou faits divers viennent nourrir mon travail de rédaction. Toutefois, comme pour l’exemple de la création de Pierre Saint-Pierre, ils ne se retrouvent pas tel quel dans mon texte. Dans tous les cas, je refuse de me soumettre au réel. S’il y a une chose qu’il faut préserver dans l’écriture de fiction, c’est bien la liberté qu’elle nous permet.

4.    Comment entrevoyez-vous la tension entre forme et fond ? Vous êtes plutôt préoccupé par le style ou par le propos ?

On dit que Nos échoueries est un roman poétique. Pourtant, j’avais surtout envie de raconter des histoires. Ce n’est pas que je veuille renier l’aspect poétique de ce que j’écris. Je jette sans aucun doute un regard poétique sur ce qui m’entoure. Mais ce n’est pas un objectif.

Dans La fin de l’homme, Daniel Bélanger a chanté « La poésie est là tout autour/fragile, fragile, eh puis c’est fini/ la beauté dispose et n’a besoin de personne ». C’est ça. La poésie est là, je n’ai pas l’impression de l’inventer. Je la lis dans ce que je vis, dans ce dont je parle, dans ce que je raconte. Elle s’impose.

5.    Quelle importance accordez-vous au narrateur et à la forme narrative ? Ils allaient de soi ou résultent d’une recherche ?

Dans Nos échoueries, la narration a ceci de particulier que le personnage principal s’adresse, par l’intermédiaire de la deuxième personne, à la femme qu’il a laissée derrière lui pour retourner dans son village natal. Il s’agit donc d’une deuxième personne hallucinée, puisque la femme à qui il s’adresse n’est pas véritablement présente avec lui. Il lui parle comme on se parle à soi-même, dans un rapport méditatif à la vie.

Cette pratique narrative n’est évidemment pas fortuite. Il faut dire que j’ai fait une maîtrise en études et création littéraires à l’Université du Québec à Chicoutimi, et mon mémoire portait justement sur la portée identitaire de l’utilisation de la deuxième personne en narration. J’ai donc expérimenté cette pratique pendant quelques années… Et elle demeure présente même aujourd’hui dans ce que j’écris.

6.    Quand vous êtes dans une période de doute qui paralyse votre rituel d’écriture, que faites-vous pour favoriser le démarrage ?

J’ai souvent besoin du paysage. Pas pour écrire ce paysage, mais pour me sentir assez bien pour écrire. Je suis plutôt du genre contemplatif – j’imagine que ce doit être évident avec ce que j’écris. Tout ça pour dire que, quand vraiment j’en ai besoin, je retourne passer un moment au bord du fleuve, question de me ressourcer. Mais alors, j’ai toujours le fleuve de travers dans la gorge pendant quelques semaines…

7.    Outre la littérature, quelles autres formes artistiques vous intéressent?

J’ai des intérêts très variés. Le travail que j’ai effectué comme rédacteur en chef de Voir Saguenay – Alma m’obligeait à une grande polyvalence (qu’on parle de théâtre, de littérature, de musique actuelle ou d’arts visuels). J’ai aussi abordé les arts contemporains et la performance artistique pour d’autres publications  (par exemple Vie des arts et Le Sabord). Pour moi, il faut non seulement lire pour écrire, mais aussi être confronté à différentes pratiques artistiques choquantes ou bouleversantes. Je déteste le confort. Pour chaque pas qu’on fait, il faut ce moment de déstabilisation…

8.    Avez-vous fait lire votre manuscrit à des proches avant sa publication ? Vous inquiétez-vous de leur regard sur votre œuvre ?

J’ai effectivement fait lire Nos échoueries à un cercle de lecteurs proches avant de le faire parvenir à la Peuplade. J’avais choisi trois personnes en fonction du propos du roman, mais aussi selon leur capacité de réfléchir au-delà de ce que j’ai écrit. Je devais aussi avoir la certitude qu’ils sauraient être critiques, qu’ils se sentiraient capables de me faire des commentaires constructifs. C’est souvent le plus difficile : savoir être critique. Je ne me suis pas trompé car l’expérience a été particulièrement riche pour moi. Je n’hésiterais pas à leur faire confiance à nouveau.

9.    Êtes-vous un inconditionnel du papier ? Comment percevez-vous l’arrivée du livre électronique ?

Je ne doute absolument pas que le livre électronique s’accaparera une partie grandissante du marché du livre. Je lis moi-même à l’écran régulièrement, et l’idée de me procurer une liseuse me traverse régulièrement l’esprit. Toutefois, j’aurai toujours un intérêt particulier pour le livre traditionnel – à condition que les maisons d’édition en prennent soin.

À la Peuplade, les auteurs ont la chance de collaborer avec des artistes en arts visuels faisant leur propre lecture du manuscrit pour proposer des œuvres qui, tout en respectant leur démarche, amèneront une autre couche de sens au manuscrit. C’est une prise de position éditoriale qui rend les ouvrages de la Peuplade reconnaissables entre tous. Une pratique qui m’a toujours plu, même bien avant que je n’imagine être publié à la Peuplade.

Pour Nos échoueries, c’est un artiste originaire de Sayabec, Simon-Pier Lemelin, qui a signé la couverture. Quant à Des champs de mandragores, on trouve sur sa couverture (en première et en quatrième) deux œuvres du peintre almatois Julien Boily.

10.    Y a-t-il une citation que vous pourriez considérer être votre maxime? Quel conseil donneriez-vous à ceux qui ont l’ambition d’écrire et aimeraient être publiés ?

«Chaque histoire a sa langue propre. Le grand défi, quand on en commence une, c’est de trouver la bonne voix pour raconter. Le bon langage. Tant de choses en dépendent. Il faut que le lecteur y croie, c’est la première condition. Quoi qu’on raconte, il faut que le lecteur y croie. Il faut que ce soit vrai. Cela n’a rien à voir avec la réalité, pas du tout. Ce n’est qu’une question de langage. Toute la vérité d’une histoire se trouve dans les mots que l’auteur emploie pour la raconter.»
 (Marie-Christine Bernard, in Mademoiselle Personne)

La recrue du mois

Ça me fait tout drôle de vous dire ça, mais je suis actuellement La recrue du mois. Ce que ça signifie, c'est que le webzine www.larecrue.net, qui choisit mensuellement un jeune auteur comme tête d'affiche, a décidé de s'intéresser à Nos échoueries.

On  trouve entre autres dans le webzine:

Ma carte blanche à Radio-Canada

J'ai été invité ce matin à la radio de Radio-Canada pour une carte blanche. J'avoue que je ne savais pas trop dans quoi me lancer encore hier soir. J'avais commencé par écrire un texte - que je n'ai finalement pas lu. Parce que j'ai plutôt choisi de parler de l'écriture sous contrainte.

On peut entendre la carte blanche ici.

Pour les curieux, le texte que j'avais commencé à écrire - et qui mériterait certainement encore du travail. J'en avais commencé l'écriture en m'imposant comme contrainte les mots «carte blanche». Ça allait comme suit:


«J’ai d’abord écrit sur la carte : Blanche. Je ne savais trop ce que j’avais envie de lui dire.

Je suis allé en ville. À la tabagie. Et j’ai choisi une carte postale. J’ai pris mon temps pour choisir. Pas de petit chien. Pas d’enfant dessinant en couleur dans un univers en noir et blanc. Pas de singe se grattant le popotin. Il fallait quelque chose de sincère.

Puis j’ai trouvé. C’est le Lac. Pas n’importe quel. Son Lac. Quand je regarde le rectangle de paysage que je pince entre mes doigts, j’ai cette drôle d’impression. D’être au chalet. Au chalet de ma grand-mère. Au chalet de Blanche. 

Alors voilà. J’ai cette carte postale sur laquelle j’ai d’abord écrit Blanche. Puis, j’ai déposé mon stylo. Quand on est soi-même en voyage, on a toujours trop de choses à écrire. Mais cette fois, ce n’est pas moi qui suis parti. C’est elle. C’est Blanche.

J’écrirai que je l’ai aimée toute ma vie. Que j’aurais dû aller la voir plus souvent, que je n’avais aucune excuse de ne pas l’avoir fait. Que ses conseils, ses colères, même, me manqueront.

Puis, j’épinglerai la carte sur le mur du salon, près de la fenêtre.

Là où elle se trouve, Blanche n’a plus d’adresse.»

mardi 5 octobre 2010

Retour sur le Salon du Saguenay - Lac-Saint-Jean

Je n'ai même pas eu le temps de revenir sur mon expérience au Salon du livre du Saguenay - Lac-Saint-Jean, qui fut belle, pour l'essentiel. Bien sûr, je ne me suis pas bien entendu avec tous les auteurs que j'ai rencontrés. Il y en a quelques uns qui peuvent se féliciter d'avoir attendu que je n'aie plus de chronique pour me rencontrer. Parce qu'avec les âneries que j'ai entendues, ils auraient sans doute fait la manchette. 

Mais surtout, ce que je retiens, c'est la félicité des courts moments que j'ai partagés avec certains lecteurs. Quelques uns qui m'avaient déjà lu. Ceux qui étaient déçus que je ne sois plus chroniqueur. Ceux qui étaient emballés d'avoir lu Nos échoueries. Ceux qui avaient entendu parler de Vers-hurlements et barreaux de lit à la télé (j'ai accordé des entrevues à Vox et à TVDL) ou qui avaient lu un article au sujet de mon dernier né dans le Réveil

C'est toujours extraordinaire de rencontrer. 

Je remets ça dès cette semaine, au Salon du livre de la Péninsule acadienne. Dès jeudi, j'irai présenter Nos échoueries dans un décor de bord de mer. Où les gens ont de l'eau salée dans les veines.  Et pas que dans les yeux.

La courte histoire d'une entrevue à la radio

Mettons-nous en contexte. Je viens de laisser mon «poste» de rédacteur en chef au journal Voir. Je suis parti un peu vite, mais personne ne pourra dire que c'était un coup de tête. Les tempêtes ne sont jamais si subites qu'on pourrait le croire. 

J'ai surtout été séduit par l'idée de me joindre à l'équipe de La Rubrique. On ne trompe pas un amour sincère sans avoir déjà regardé ailleurs. C'est sûr que j'étais prêt à ce changement.  J'étais prêt à m'investir dans une nouvelle aventure. Et mes premiers jours au sein de l'organisme m'ont prouvé que j'ai eu raison. De quitter, mais surtout, de me laisser séduire. 

Aujourd'hui, j'étais invité à la radio pour parler de ce changement «subit», de cette «volte-face». J'aimerais revenir sur cette expérience en soulignant quelques points.

  1. Dans ma dernière chronique, j'ai avoué quitter pour mieux m'effacer
  2. Au recherchiste qui m'avait contacté avant l'entrevue, j'ai précisé que je n'allais pas à la radio pour prendre position
  3. Pendant l'entrevue, j'ai précisé que je trouvais que depuis un certain temps, on donnait trop d'importance à ce que je pensais, et que mon opinion ne valait pas plus que celle d'une autre personne. 
Résultat? L'animateur a tout de même tenté de me faire dénoncer «l'administration en place», cherchant à me faire dire que les problèmes de la culture dans la région lui étaient redevables. Si c'était si simple, il n'y en aurait pas, de problème. Mais c'est la culture en région qui a la vie dure. Faut arrêter de penser que Saguenay est le nombril du monde. J'aurais peut-être dû lui dire que s'il avait quelque chose à dire, il y avait un journal qui cherchait un chroniqueur. Mais je ne suis pas assez vite pour ces affaires là.

Ce n'est pas étranger à mon choix de délaisser la chronique. Ce qui me tue, c'est justement  qu'on a tellement de fois tenté de me faire dire toutes sortes de choses que je n'avais pas l'envie de dire - et desquelles je n'étais absolument pas convaincu.  Et lorsque parfois je les avais dites, ces choses, j'étais déçu qu'on se cache pour maugréer en se fiant sur l'autre pauvre cave qui, lui, signait la charge, chaque semaine. 

J'ai été déçu par certaines politiques, à tous les niveaux de gouvernement - je ne l'ai jamais caché. J'ai été déçu par l'inaction de certains de mes concitoyens, qui ont préféré se taire plutôt que de dénoncer - je l'ai répété. Mais jamais je n'ai été déçu autant que devant tous ceux qui avaient une tribune et qui cherchaient à me faire passer leur propre message. Des femmes et des hommes brillants qui ont un point de vue intelligent, mais qui continueront de se fermer la gueule. Pas parce que c'est louable, quoi qu'ils en disent. Pas parce que c'est nécessaire. Mais parce que c'est plus facile. 

Je ne serai plus le fleuret de service. Ne m'invitez plus dans un studio si c'est pour me faire dénoncer quelque chose. J'ai envie de faire vivre la culture régionale. Pas de m'attaquer aux problèmes du monde. Si j'ai encore quelque chose à dire, je le ferai à travers mes prochains projets d'écriture. Un roman. Un recueil de poésie. Dieu sait quoi.

Mais pas autrement.

jeudi 30 septembre 2010

Victor-Lévy Beaulieu présente Vers-hurlements et barreaux de lit

Je viens de recevoir au bureau, en service de presse, mon propre recueil de poésie, Vers-hurlements et barreaux de lit. Et je suis très ému en lisant le communiqué de presse pondu par Victor-Lévy Beaulieu. Que je transcris ici, pour le partage, et pour la mémoire.



Il avait mal mais il a guéri
«C'est peut-être lui qui va nous faire un pays...»

Victor-Lévy Beaulieu, directeur des Éditions Trois-Pistoles, est heureux d'annoncer la parution de Vers-hurlements et barreaux de lit, poésie de Jean-François Caron qui surnomme son fils Mon-petit-lion-du-Nord, cette souffrance du fils-enfant malade, cette inquiétude face à l'opération, inévitable, cette guérison. «C'est peut-être lui qui va nous faire un pays...», pense tout haut l'auteur de Vers-hurlements et barreaux de lit.

Jean-François Caron a ses racines dans la glaise du Kamouraska autant que dans l'humus et les pessières du lac Témiscouata. Il a migré vers le Nord, sur les bords de la rivière Saguenay, dans un vieux quartier de Chicoutimi. Son fils y est né. Son Petit-lion-du-Nord. Il a écrit Vers-hurlements et barreaux de lit après la maladie de son fils-enfant, une poésie touchante et à la fois engagée, l'enfant né imparfait n'étant pas si loin du pays absent, du pays jamais mis au monde. Le fils-enfant opéré à coeur ouvert un jour, secouant en tempête les barreaux de sa couchette le lendemain, le Petit-lion-du-Nord montrant l'exemple: se relever, toujours, et faire en sorte que tombent les barreaux qui nous retiennent de faire bourrasque enfin, de faire pays enfin.

Vers-hurlements et barreaux de lit de Jean-François Caron porte le numéro isbn 978-2-89583-225-6 et est disponible dès maintenant partout en librairie au prix de 18,95$.

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Information: Éditions Trois-Pistoles, (418) 851-8888, vlb2000@bellnet.ca

lundi 27 septembre 2010

VH&BL à Lézarts, sur Vox

Jeudi dernier, pendant mon lancement, était diffusée l'émission Lézarts Saguenay, animée par Catherine Doucet. Une belle entrevue - et du temps! c'est rare qu'on a autant de temps télévisuel pour un recueil de poésie! - et la lecture d'un court extrait que vous pouvez visionner en suivant ce lien. Il faut choisir l'émission intitulée LEZARTS (en majuscules).

Un simple lecteur

Parce que déjà la rumeur sourd. Parce que plusieurs ont déjà été témoins des faits. Et parce que j'ai envie de vous l'annoncer moi-même. Je publie ici en avance ma chronique qui sera diffusée sur le site http://www.voir.ca/ mercredi, et dans le journal Voir Saguenay/Alma jeudi.

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Un simple lecteur


J’ai tellement écrit.


Je me souviens de mon premier article dans ces pages. C’était une critique des Brumes de Cuba, recueil que publiait Pierre Demers en septembre 2005. Avec le temps, avec l’effort, on ne se souvient plus de tous les textes. Ni de tous les sujets. Mais le premier ne s’oublie pas.

Déjà à cette époque, on commençait à s’interroger sur l’avenir de l’île sous embargo. J’écrivais: «Et il y a cette question qui fait écho dans le brouillard: qu’adviendra-t-il après Fidel, de cette île et de son peuple, lorsqu’un vent de la mer viendra chasser la brume de Cuba?» La semaine dernière, on annonçait de grandes réformes sur le joyau communiste aujourd’hui dirigé par Raúl, frère du père de la Révolution. Les régimes changent ou évoluent. Les chefs se suivent et ne se ressemblent pas.

Je me souviens, plus tard. De la fébrilité que j’ai vécue en écrivant la première de mes chroniques. Du grand chantier que cela représentait pour moi. La montagne de tout ce qu’il y avait à creuser. De tout ce qu’il y avait à dire. Je me tenais debout devant tout ça avec ma petite pelle, comme un enfant à la fois enthousiaste et effrayé pourrait s’attaquer aux dunes d’un désert. J’en ai pelleté, de la poussière – et toutes sortes de choses. On n’en viendra jamais à bout. Il y aura toujours quelque chose à dire.

Surtout, j’ai eu envie tout ce temps de mettre du beau dans votre vie. J’ai pensé à vous. À tous les jours.

Parler de culture, oui. Mais chercher à le faire bien, surtout. J’ai parfois réussi. Pas toujours. Mais je le désirais. De tout mon cœur. Chaque semaine depuis ce temps. Mettre du beau dans votre vie.

Pendant cinq ans, l’écriture a pris toute ma vie en otage. Je devais avoir le syndrome de Stockholm parce que je l’ai aimée, plus que tout, cette écriture. Celle qui m’astreignait à la rigueur, à la régularité. Celle qui contrôlait toute mon existence.

On se lasserait des plus belles maîtresses. Parfois, des amoureux se séparent avant de trop se détester. C’est comme ça que les souvenirs demeurent.

Voilà, c’est dit. Je me retire.

Il me manquera, lors des prochains spectacles auxquels j’assisterai, de tout noter pour vous en parler. Me manquera d’être celui qui critique, qui encourage, qui invite, qui réfléchit. Et qui partage.

Il y a quelques jours, à la salle Marguerite-Tellier, j’ai assisté à une prestation – remarquable – de Jonathan Boies, qui opère ce fructueux mariage entre la poésie et le gumboot. C’est à ce moment seulement que j’ai compris le vide qu’il y aurait dorénavant dans ma vie.

Car vous avez toujours été avec moi: lorsque je lisais un livre, lorsque j’explorais une galerie d’art, lorsque je regardais un film ou assistais à un spectacle, de danse, de musique, de théâtre. Lorsque je maugréais contre nos décideurs, aussi. Vous étiez là.

Je serai seul, dorénavant. Et vous me manquerez.

Cette chronique est certainement la plus difficile que j’aurai eue à écrire en cinq années de labeur rédactionnel. Il m’aura fallu plusieurs jours. Des dizaines de ratures, des brouillons chiffonnés, puis rejetés. Et, oserai-je l’avouer, quelques larmes ravalées. Pas de tristesse, non. Mais de ces sanglots qui accompagnent les étapes les plus importantes d’une vie.

On ne quitte pas ceux qu’on aime sans être bouleversé. Même si on sait que c’est pour une belle aventure. Le bonheur exige sa dîme. Elle se paie en larmes.

J’ai pris la décision de me lancer dans une aventure imprévue – et imprévisible. Comme ça, par instinct, par goût du défi. C’est un amour latent qui soudainement se sera révélé avec force: celui que j’entretiens pour le théâtre. Voilà, c’est officiel: j’irai me joindre à l’équipe de La Rubrique. Où j’aurai de nouvelles fonctions. De celles qui me permettront de m’effacer un peu. Parce que, quoi qu’on en pense, je n’ai pas toujours quelque chose à dire. Pas souvent, même.

Ainsi, je ne serai plus un reflet de la culture. J’en serai partie prenante. Pas seulement comme auteur, mais comme artisan. Et je pourrai recommencer à la découvrir par goût. Ce sera par un mouvement des tripes plutôt que par devoir.

Lorsque j’écrirai à l’avenir, ce ne sera plus une obligation. Ni une habitude. Ce sera seulement un élan irrépressible. Une urgence.

Au moment de retirer enfin mon couvre-chef, je voudrais en profiter pour saluer toute l’équipe de Voir. On ne quitte jamais vraiment une si belle famille. Voir est plus qu’un journal. C’est un mode de vie, une école incomparable. Une institution vivante et résolument tournée vers la culture et son avenir.

Ça me met tout à l’envers. Et en même temps, ça me rassure. La prochaine fois que je prendrai un exemplaire de Voir dans un présentoir, ce sera comme simple lecteur. Comme vous. C’est dire qu’au fond, je vous rejoins enfin.

Il n’y a pas de bonne façon de dire adieu. Bien sûr, je continuerai d’écrire. Mais ailleurs. Et autrement. Alors ce n’est peut-être qu’un au revoir.

jeudi 23 septembre 2010

Un autre cèdre mort

Les oiseaux se battent. Le silence est pesant. Mon corps aussi. Comme celui de la chienne qui s'étire à mes pieds.

Le parfum froid du fond de mon café irrite le matin. Un matin comme ça. De café froid, de corps de chienne, de poids de silence et d'oiseaux battus.

J'ai envie de pleurer devant un autre cèdre mort.

Vers-hurlements et barreaux de lit: c'est parti

Déjà trois entrevues faites. Il y a eu LézArts, la version revampée de Boulevard, il y a quelques semaines - une entrevue avec Catherine Doucet. Elle sera diffusée demain soir (21h30) sur Vox, soit justement pendant la soirée qui suivra le lancement de mon recueil. Aussi, ce matin, c'est avec Mélanie Patry (Radio-Canada) que je m'entretenais. Le topo sera diffusé demain matin pendant Café Boulot Dodo, sur les ondes régionales de la Première Chaîne. Enfin, au courant de l'après-midi, c'est une journaliste du Réveil, Elizabeth Dupont,  qui m'a contacté pour discuter de Vers-hurlements et barreaux de lit.

Ce qu'il y a, c'est que je suis toujours maladroit en entrevue. Je veux dire, quand c'est pas moi qui pose les questions. C'est plus facile de vendre le travail des autres que de vendre le mien. C'est correct. Mais c'est une drôle d'émotion.

Mais c'est encore pire avec VH&BL. Parce qu'il y a un court-circuit entre la façon dont j'ai réfléchi (l'idée d'un témoignage poétique, le rapport au nationalisme et à l'eugénisme, tout ça) et l'émotion brute qui le traverse (cette impuissance d'un père penché sur le corps de son fils). Ce sont deux axes tellement éloignés que je peine à les remembrer dans un même discours. Alors évidemment, je m'enfarge, m'emberlificote moi-même.

Mais ça se pose, tranquillement. Peut-être que je saurai un peu plus quoi en dire demain soir lors du lancement...

On verra. Il me semble qu'il peut tellement se passer de choses d'ici là. C'est bientôt, et en même temps, c'est si loin.

lundi 20 septembre 2010

Dans un salon près de chez vous

Ça y est, c'est parti. L'effervescence, le stress... Ça sent le salon du livre.

On pourra donc se rencontrer au Salon du livre du Saguenay - Lac-Saint-Jean (du 30 septembre au 3 octobre), au Salon du livre de la Péninsule acadienne (du 7 au 10 octobre), au salon du livre de Rimouski (du 4 au 7 novembre), et au Salon du livre de Montréal (du 18 au 21 novembre).

Je n'ai pas encore mes horaires de présence pour chacun de ces salons, mais déjà, voici mon horaire pour le Salon du livre du Saguenay - Lac-Saint-Jean:

Je serai présent au stand des éditions Trois-Pistoles (#30) pour présenter mon petit dernier, le recueil de poésie Vers-hurlements et barreaux de lit:
  • jeudi, le 30 septembre, de 15h à 17h;
  • vendredi, le 1er octobre, de 13h à 15h et de 20h30 à 21h30;
  • samedi, le 2 octobre, de 10h à midi, de 14h à 15h et de 19h à 20h;
  • dimanche, le 3 octobre, de midi à 14h.
Je serai aussi (évidemment!) présent au stand de La Peuplade (#22) avec sous le bras mon petit préféré, le roman Nos échoueries. Vous m'y trouverez assurément à ces heures:
  • vendredi, le 1er octobre, de 11h à 13h;
  • samedi, le 2 octobre, de 15h45 à 17h, puis de 20h à 21h30; 
  • dimanche, le 3 octobre, de 14h à 17h.
Il est toutefois bien possible que vous m'y trouviez dans mes temps libres. C'est une belle famille, La Peuplade. On en demande toujours plus... 

Autres activités

Aussi, vous me verrez en entrevue publique le vendredi à 10h30 pour Les coups de coeur du Salon du livre. J'aurai aussi la chance d'animer une table ronde intitulée Le livre électronique: la littérature délivrée?, où croiseront le verbe Stanley Péan, Hervé Foulon ainsi que Simon-Philippe Turcot. Enfin, il va de soi que je serai présent pour l'apéro des auteurs - le jeudi de 17h à 19h - ainsi qu'à la remise des prix littéraires, tout de suite après, où je saluerai très respectueusement mes collègues auteurs qui ont su séduire le jury du Salon du livre, dont Guy Lalancette (La conscience d'Eliah, VLB, dans la catégorie Roman) et Pierre Demers (La bénédiction des ski-doos, Éditions Trois-Pistoles, dans la catégorie Poésie).

Toute une semaine! Je n'ai pas l'impression que mon nouveau projet de roman avancera pendant ce temps...

Le secret de la maison

Je viens d'apprendre une terrible nouvelle. De celles qui changent à tout jamais la perception que l'on a des choses.

Au centre de mon univers, il y a une maison. Pas celle dont je termine à peine la construction. Ni même celle que j'ai perdue suite à un incendie causé par la foudre - que j'aimais pourtant beaucoup.

La maison qui, vraiment, m'occupe l'esprit, c'est celle de l'enfance. Celle qui hante mes rêves depuis des années. Celle qui a en partie inspiré la maison de Nos échoueries...

Il y avait une cuisine d'été annexée à cette maison. Assise sur un carré de béton inaccessible - ni par la cave basse, ni de l'extérieur. Alors dans ma tête de petit gars, c'était plein de toutes sortes de trésors, évidemment. Et plus tard, ça a caché des cadavres, et toutes sortes de choses effrayantes...

Eh bien, l'actuel propriétaire de la maison aurait, semble-t-il - j'ai un espion au village - créé une brèche dans le mur pour atteindre le sous-sol hermétique de la cuisine d'été. Il y a trouvé quelque chose... Mais rien de bien romantique.

De vieilles chaises brisées. Pas grand chose de plus.

Terrible nouvelle. Il n'y avait ni trésor, ni squelette. J'ai le coeur fendu.

Lancement de VH&BL, et hommage à la fondation En Coeur

Voilà, c'est cette semaine qu'aura lieu le lancement de mon troisième livre, Vers-hurlements et barreaux de lit (poésie, couverture de Cindy Dumais) paru aux éditions Trois-Pistoles. Une plaquette bien imparfaite, mais prête à être partagée. Il aura fallu me coltailler pas mal avec mes émotions pour arriver à le montrer au monde. Mais maintenant, c'est fait. J'assumerai l'émotion. Je ne serai jamais plus prêt que maintenant, j'imagine.

Ceux qui voudraient venir me serrer la pince pourront le faire le 23 septembre, dès 19h30, au Café-Théâtre Côté-Cour, et profiteront d'un prix spécial de lancement, alors que le livre sera vendu exceptionnellement 15$. C'est avec grand plaisir que je vous y accueillerai.

Des représentants de la Peuplade seront aussi présents sur place pour vous offrir mes deux précédents livres, Nos échoueries (roman, couverture de Simon-Pier Lemelin) et Des champs de mandragore (poésie, couverture de Julien Boily).

Les documents officiels diffusés pour le lancement de Vers-hurlements et barreaux de lit:




Communiqué
Pour diffusion immédiate


            «Un enfant sur cent naît avec une malformation
ou une maladie cardiaque.»
Fondation En Coeur
 

Objet : Lancement d’un livre de Jean-François Caron aux éditions Trois-Pistoles

Jeune auteur originaire de La Pocatière, Jean-François Caron propose aux éditions Trois-Pistoles un nouveau recueil de poésie bouleversant traitant de l’amour filial et de l’espoir tourné vers les générations à venir. Le lancement aura lieu le 23 septembre à 19h, au Café-théâtre Côté-Cour.

Dans Vers-hurlements et barreaux de lit, le poète s’inspire de la malformation cardiaque de son fils pour traduire poétiquement le regard d’un père impuissant posé sur le corps malade de son fils. Cette troublante émotion qui l’habite trouvera des échos dans la souffrance des peuples penchés avec lui sur les générations qui suivent. Dans ce petit corps malade qu’il embrasse et berce avec le lecteur, c’est le combat d’un peuple qui fait rage, porté par l’espoir. À la fois un témoignage senti, un riche élan poétique et un vibrant appel humaniste.

Vers-hurlements et barreaux de lit, de Jean-François Caron, 95 pages, 2010. Avec une œuvre originale de Cindy Dumais en couverture.

Source :
Éditions Trois-Pistoles

Pour communiquer avec l’auteur ou recevoir un exemplaire (numérique ou physique) de l’ouvrage :
Jean-François Caron
redaction.champdemines(a)gmail.com
418.696.2866


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Biographie de l’auteur


Né à La Pocatière en 1978, Jean-François Caron vit et travaille aujourd'hui à Saguenay. Il est détenteur d'une maîtrise en études et création littéraires à l'Université du Québec à Chicoutimi depuis 2008.

En 2005, il abandonnait ses fonctions d'enseignant en français au secondaire pour devenir rédacteur en chef de Voir Saguenay/Alma. Il agit depuis comme rédacteur pigiste, collaborant régulièrement avec d'autres publications, dont Lettres québécoises, Vie des arts et Le Sabord. De plus, il rédige plusieurs livres d'artistes et catalogues d'exposition, dont certains sont publiés aux éditions d'art Sagamie.

En 2006, Jean-François Caron publiait son premier recueil de poésie aux éditions La Peuplade, Des champs de mandragores. En 2010, c'est son premier roman que Caron voyait publié, toujours aux éditions La Peuplade. Intitulé Nos échoueries, le livre a aussitôt su séduire la critique, qui reconnaît la signature particulière de l'auteur. En septembre de la même année, c’est son deuxième recueil de poésie que publie Caron, cette fois aux éditions Trois-Pistoles: Vers-hurlements et barreaux de lit.

Depuis plusieurs années, Caron est aussi très actif dans les soirées de poésie de sa région d’adoption où il fait des lectures publiques remarquées.

Pour contacter l’auteur :
redaction.champdemines(a)gmail.com
418.696.2866





Remerciements de l’auteur


L’auteur désire profiter du lancement de son deuxième recueil de poésie pour faire quelques remerciements :

«Je tiens remercier toute l’équipe de cardiologie du Centre hospitalier de l’Université Laval (CHUL) ainsi que la fondation En Cœur. Leur professionnalisme et leur soutien sont des baumes pour le cœur des parents dont les enfants sont atteints de troubles cardiaques.

Merci à Cindy Dumais, qui signe la couverture du livre Vers-hurlements et barreaux de lit. Sa sensibilité a su traduire l’indicible émotion qui se dessinait derrière la trame poétique de mon recueil. Merci, aussi, à Judith Langevin, qui a bien voulu assurer la révision linguistique du projet.

Enfin, et surtout, merci à mon amoureuse, sans qui je n’aurais pas trouvé la force de traverser toutes ces épreuves, ainsi qu’à Matisse, pour la compréhension dont il a toujours fait preuve.

Enfin, salut Damir, mon petit lion du nord. Merci pour tes leçons de courage.


Pour contacter l’auteur :
redaction.champdemines(a)gmail.com
418.696.2866

Pour connaître la fondation En Cœur :





Statistiques en bref


-       Les malformations du cœur sont 20 fois plus courantes que la fibrose kystique, et au moins 10 fois plus communes que la leucmie et le cancer chez l'enfant.
-       Parmi les enfants atteints de malformation cardiaque, 1 sur 10 n'atteindra pas l'âge adulte. Toutefois, il y a de l'espoir. Au Québec, 400 chirurgies cardiaques sont réalisées annuellement et le taux de réussite est de 97 %.
-       Les maladies cardiaques infantiles génèrent plus de 20 000 visites en clinique par année.

Ces statistiques sont issues du site Internet de la Fondation En Cœur, qui a déjà apporté chaleur, écoute, réconfort, soutien, compassion et espoir à quelque 5000 familles.



Biographie de l’artiste

Cindy Dumais, qui signe l’œuvre à la couverture du recueil de poésie Vers-hurlements et barreaux de lit de Jean-François Caron, est une artiste professionnelle qui vit et travaille à Chicoutimi.

Née au Lac-Saint-Jean en 1978, Cindy Dumais s’installe au Saguenay après des études en enseignement et en art. Suite à l’obtention de sa maîtrise en 2004, elle est chargée de cours pour l’Université du Québec à Chicoutimi.

Elle enseigne actuellement la pratique des arts au Cégep de Chicoutimi et continue ses recherches en atelier. Ponctuellement, sa pratique interdisciplinaire se manifeste par des projets d’exposition, individuels et collectifs. 

Dumais tient aussi le double rôle d’auteure et d’éditrice, avec la maison d’édition La Clignotante, où ont été publiés Encrées sur l’asphalte (2004), Os brûlé (2005) en collaboration avec Michaël La Chance, CHUTE (2006) et le recueil de poésie de Martin Rodolphe Villeneuve, La longue marche (2007). Elle travaille actuellement sur un manuscrit, Métabole noire, qui tente de faire se rencontrer l’essai, le roman et la poésie.

vendredi 17 septembre 2010

Un roman qui porte à réflexion

Il y a eu quelques articles signés à propos de Nos échoueries au cours des dernières semaines. Si chaque fois, je suis charmé - de voir qu'on prend le temps non seulement de lire ce que j'ai écrit, mais de partager avec d'autres les impressions que mon roman a suscitées - j'avoue être particulièrement ému devant ce que je viens de découvrir.

Un article vient de paraître dans le feuillet Le Glaneur, un trimestriel publié depuis 20 ans à Saint-André de Kamouraska, village qui a inspiré les paysages de mon roman. Il semble que Nos échoueries ait attiré l'attention d'un ancien conseiller municipal, Monsieur Robert Moore, qui signe un commentaire sur le livre.

Je suis on ne peut plus heureux de voir que mon roman puisse porter à réflexion. Qu'il fasse la lumière sur des problématiques réellement vécues dans les villages. Et qui sait, peut-être qu'il suscitera des débats fructueux, qui permettront de trouver les solutions nécessaires pour changer les choses et y insuffler une vie nouvelle... Je n'ai jamais eu la prétention de croire que mon écriture changerait le monde. Mais si cela devait arriver, même juste un peu, je serais certainement le plus choyé des hommes.

J'aimerais toutefois préciser que, si les décors de Nos échoueries sont effectivement inspirés de la municipalité de Saint-André de Kamouraska, j'ai voulu parler de certaines problématiques vécues dans de nombreux villages du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie, jusqu'aux Îles-de-la-Madeleine, ainsi que sur la Péninsule acadienne et sur la côte est du Nouveau-Brunswick. Cette (triste) réalité que j'ai dépeinte n'est pas l'affaire d'un village, mais d'une société. Trop de villages implosent. Et c'est à chacun de trouver les solutions qui s'imposent.

Il ne faut donc pas chercher précisément des personnes réelles parmi mes personnages. Moi-même, je n'en suis pas le personnage principal, même si nous partageons certains souvenirs. Et j'admettrai qu'il y a effectivement des anecdotes réelles qui ont inspiré mon ouvrage - l'incendie du foyer Desjardins, entre autres choses - mais au-delà, ce n'est que fiction.

Je suis très heureux, et ému, que des gens du village de Saint-André de Kamouraska se soient approprié mon roman. Je retourne chez vous (chez moi) le plus souvent possible. Et j'y ressens toujours les mêmes émotions. Un mélange de réconfort, de tristesse, de mélancolie et d'espoir.

Salut Saint-André!

+++

Pour en savoir un peu plus sur Saint-André de Kamouraska, visitez le site Internet du village.

jeudi 16 septembre 2010

L'UNEQ dénonce le projet de loi sur le droit d'auteur C-32

Un communiqué envoyé par l'Union des écrivaines et des écrivains du Québec que je reproduis tel quel ici. 

Projet de loi sur le droit d’auteur C-32 : L’UNEQ se mobilise
Les écrivains ont tout à perdre

Le projet de loi C-32 tente, nous dit-on, d’équilibrer les droits des auteurs et les intérêts des consommateurs. En fait, il a surtout pour effet de dépouiller injustement les créateurs de leurs revenus. Les écrivains sont particulièrement touchés, parce qu’ils fournissent la matière première du système d’éducation, une matière première dont le gouvernement cherche à rendre l’accès gratuit. Si le projet de loi passait tel quel, l’utilisation d’une œuvre « aux fins d’éducation, de parodie et de satire » ne constituerait pas une violation du droit d’auteur, c’est-à-dire qu’on pourrait utiliser les œuvres sans le consentement de leurs auteurs et sans  rémunération. Il faudrait simplement que cette utilisation soit « équitable », au sens défini par la Cour Suprême en 2004. Or, cette définition a donné aux exceptions une portée très large en faveur des utilisateurs. Par ailleurs, le terme «  éducation » n’étant pas précisé dans la Loi (il n’est pas restreint aux établissements d’enseignement), il faudrait, dans les cas où ils s’estiment lésés, que les écrivains demandent aux tribunaux de se prononcer, et ce à leurs frais. Les amendes en cas d’infractions non commerciales sont cependant réduites au minimum et les fournisseurs de services Internet ne seraient pas tenus responsables des contenus qui circulent sur leurs sites, même si ceux-ci contreviennent à la Loi.
 
Résumé des exceptions sans rémunération :
 
Exception « You Tube » : un utilisateur pourra créer une œuvre nouvelle en utilisant gratuitement une partie ou la totalité d’une de vos œuvres existantes, à condition qu’il n’en fasse pas un usage commercial. Il sera tenu, « si cela est possible dans les circonstances », d’en indiquer la source. Cette exception est unique au monde et a une très large portée, les termes « à des fins non commerciales » couvrant une multitude de possibilités.

Reproduction à des fins privées : une personne physique peut reproduire intégralement sur tout autre support une œuvre qu’elle détient légalement et en permettre l’accès à « des fins privées », un terme qui, encore une fois, n’est pas défini. Le gouvernement refuse d’étendre à de nouvelles catégories d’œuvres et à de nouveaux appareils la redevance pour copie privée existante, prétextant qu’il s’agirait d’une nouvelle taxe à la consommation.
 
Communication d’une œuvre par télécommunication : à des fins d’éducation à distance, un établissement d’enseignement peut transmettre à un élève une œuvre protégée dans le cadre d’une leçon. L’établissement doit prendre des mesures « dont il est raisonnable de croire » qu’elles empêcheront  la dissémination de l’œuvre, mais aucune sanction n’est prévue si l’établissement ne le fait pas.
 
Reproduction pour une présentation visuelle ou un examen : l’œuvre entière peut être utilisée quel que soit le support de reproduction, y compris les clés USB.
 
Prêt entre bibliothèques : les bibliothèques pourront désormais communiquer à un usager des articles de périodiques sous forme numérique. Elles devront prendre les mêmes mesures « dont il est raisonnable de croire », mais sans qu’il y ait de sanctions prévues, si ce n’est pas fait.
 
Œuvres sur Internet : les établissements d’enseignement pourront, à des fins pédagogiques, reproduire, communiquer par télécommunication et exécuter en public une œuvre accessible sur Internet. Actuellement, le principe reconnu est qu’une œuvre est protégée dès qu’elle existe sous une forme matérielle quelconque sans autre formalité. Cette exception renverse ce principe au profit des utilisateurs des œuvres et oblige les artistes et écrivains à utiliser des mesures techniques de protection. 
Extension de la licence de photocopie : les reproductions numériques seront rémunérées sur la même base de calcul que les photocopies papier, sans égard à la dissémination possible de l’œuvre. Cette extension est accordée aux établissements d’enseignement sans le consentement des titulaires du droit d’auteur.
 
Copies de sauvegarde : cette exception donne au propriétaire d’une œuvre le droit de faire des copies de sauvegarde et de s’en servir, si l’œuvre originale devient inutilisable. Elle lui permet donc de reproduire l’œuvre sur tout support et autant de fois qu’il le juge nécessaire, sans rémunération pour l’auteur.
 
En bref : le projet de loi C-32 multiplie les exceptions sans prévoir de rémunération pour les artistes et les écrivains, nie leur droit d’autoriser ou non l’utilisation de leurs œuvres, reste vague quant à la portée des termes inscrits dans la Loi, s’en remettant aux tribunaux pour les interpréter (négligeant le fait que les créateurs n’ont souvent pas les moyens d’intenter des poursuites), fixe des amendes ridicules au regard des frais à encourir, déresponsabilise les fournisseurs de services Internet qui font d’énormes profits grâce à la circulation des œuvres, fait fi du travail de négociation réalisé par les sociétés de gestion des droits de reproduction canadiennes et fragilise l’industrie du livre et le développement de nouveaux marchés dans le secteur de l’édition.
 
Qui plus est, ce projet de loi contrevient aux traités internationaux signés par le Canada, soit la Convention de Berne et l’Accord de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce. Les signataires de ces traités doivent restreindre les limitations des droits exclusifs à « certains cas spéciaux qui ne portent pas atteinte à l'exploitation normale de l'œuvre ni ne causent un préjudice injustifié aux intérêts légitimes des détenteurs du droit ».
 
Danièle Simpson, vice-présidente de Copibec et de l'UNEQ

vendredi 3 septembre 2010

Enfin, les assises.

J'ai les principaux personnages. L'histoire, en gros. Généralement, elle continue de se faire découvrir au fur et à mesure. Ce que j'apprécie particulièrement. Plus ça me mène ailleurs, plus j'aime. Écrire, c'est d'abord lire une histoire comme personne ne l'a jamais écrite.

J'ai aussi réussi, je crois, à faire les bons choix narratifs. Du moins, des choix justifiables, qui jusque là me plaisent. Il était temps. Après 95 pages écrites... Qui seront toutes à remodeler, raturer, augmenter, réduire. Pour l'instant, j'en ai traité la moitié (pour la première fois, ce n'est pas parfait). Vous savez ce que c'est, des bribes s'ajoutent, d'autres s'effacent, mais jusque là mes choix se tiennent. Il restera beaucoup de travail, même pour ces premières pages, mais je suis rassuré, déjà. J'ai établi les assises de ce qui sera de toute évidence mon prochain roman.

Surtout, pour la première fois, je sens que rien ne presse. J'ai l'urgence d'écrire (oui!!), mais pas celle de terminer. Je me souviens comment j'ai eu de la difficulté à me libérer de Nos échoueries. Combien de fois je me suis dit qu'ici, et là, et là encore, il aurait été perfectible.

Ce nouveau que j'écris, j'ai envie non seulement de prendre du temps pour l'écrire... Mais de prendre le temps de le faire.

mardi 31 août 2010

Suggestibilité et faux souvenir

Les distorsions de mémoire résultent de la combinaison erronée d’informations anciennes (correspondant à des faits réels) et d’informations nouvelles, soit spontanément acquises, soit suggérées par quelqu’un d’autre. (Tout sur la mémoire, Bernard Croisile, p. 355)
Voilà le jeu que je me propose de jouer dans l'écriture de mon nouveau roman. Celui de la mémoire détournée/qui se détourne. Réconcilier réel et fiction, non seulement en croisant des faits historiques et issus de l'imaginaire (comme pour n'importe quel roman), mais en mettant en scène un tel métissage, l'incarnant dans un personnage pour qui le rapport à la mémoire est fragile et incertain. Sont particulièrement intéressants les phénomènes de la suggestibilité (trace perceptive déformée) et du faux souvenir (trace perceptive créée) tels que présentés par Croisile.

La question demeurera: celle de la vérité. Qu'est-ce qui sera vrai/imaginé/transformé? Au final, pourrons-nous l'établir?

Le danger auquel je m'expose: comment faire prendre conscience au lecteur de cette incertitude? Comment le faire douter, sans le trahir, mais surtout, sans imposer cette incertitude comme une vérité immuable, comme une certitude, justement...

L'histoire se pose doucement. Les moyens narratifs sont encore à découvrir. Ça viendra.

vendredi 27 août 2010

Les îles devront attendre

Difficile, dans cette saison de salons qui s'annonce, de trouver assez de temps. Je corde les embûches, j'en aurai trop à brûler pour m'y rendre avant l'hiver.

Pour tout vous dire, je voulais aller sur le Brandy Pot, et sur l'île aux Lièvres. Mais les places là-bas sont restreintes, les horaires chargés, je me retrouvais coincé. Concilier les îles avec la famille, c'était un peu compliqué. Alors les îles attendront.

Pendant leur attente, je creuserai ailleurs. La mémoire, surtout. Fouillerai ces fonds de tiroirs pour voir peut-être sortir de là quelques pages. Déjà l'idée de l'hypnose, de la transe comme d'une dépossession de soi, me semble intéressante. Pas comme sujet de l'histoire - je ne suis absolument pas en train de parler d'un personnage qui serait hypnotisé, ce serait d'un ennui - mais comme d'une contrainte, d'une méthode, d'une tournure. J'ai quelque chose comme une intuition, je crois. Celle de l'insouveraineté d'une vieille femme qui oublie. Une insouveraine, sans ascendance, sans descendance.

J'y réfléchis. Ça fait du bien.

J'y réfléchirai.

jeudi 5 août 2010

M'ennuie de ma vieille gibecière

Drôle. Moi qui pensais qu'il n'y avait que des bots qui visitaient ce blogue. Surtout que je ne suis pas très régulier. J'ai été surpris de recevoir ces messages d'encouragements et de félicitations après avoir publié la nouvelle de ma bourse du CAC sur \ cris écrits /. Même une journaliste du Progrès Dimanche m'a contacté. Elle avait lu mon billet. Son article sera publié dimanche.

J'avais toujours perçu ce blogue plutôt comme un carnet de route, une espèce de journal. Le lieu de quelque réflexion. Remarquez, ça ne change rien à la patente.

Me suis acheté un cahier tout neuf, hier. Il n'est pas particulièrement beau, mais à peu près indestructible. On peut le torturer, en faire un rouleau, l'ouvrir à 360° (sans pour autant être relié en spirale). Bref, on l'a imaginé pour moi.

J'espère garder des traces de tout le processus d'écriture de mon nouveau roman, dans ce cahier. Écrire des bribes de narration, sans doute aussi, mais je ne pense pas réussir à n'écrire que là. C'est que j'ai une maladie rare: je suis maniaque des calepins. Il en traîne partout, et j'y écris en fouillis des vers, des bribes de toutes sortes d'histoires pêles-mêles. Le cahier que je viens d'acheter ne sera donc pas à proprement parler pour la création du nouveau roman, seulement un témoin de ma démarche. Entre autres, des traces d'entrevues. J'ai d'ailleurs déniché, quelque part dans le bas du fleuve, l'authentique fille d'un authentique gardien de phare. J'ai hâte de lui parler.

J'aimerais beaucoup me trouver une espèce de sac à main. Je trouve ma malette (achetée pour mon portable) un peu trop grosse pour la traîner partout. Il me faudrait un petit sac où rentrerait mon cahier roulé, quelques crayons, un petit appareil photo... Une espèce de baise-en-ville pour l'écriture. J'avais, avant l'incendie de la maison, une vieille gibecière très efficace pour ça. Elle avait la gueule un peu échancrée, sinon, c'était parfait. C'est ce qui manque le plus, après un incendie: du vieux. Faudrait que j'aille faire une razzia dans les marchés aux puces.

Cette nuit, plutôt que de travailler sur un contrat à finir, et plut que de dormir, j'ai défloré mon cahier. Et ce matin, je relis avec plaisir. Ce n'est absolument pas parfait. Mais j'y suis. Ça y est. Ça veut vivre. Ça m'inonde, refluant par tous les pores de mon imaginaire.

Quelle vie magnifique.

mardi 3 août 2010

Comme un ti-cul qui doit faire du ménage

J'ai encore peine à y croire. Le Conseil des Arts du Canada m'a accordé une bourse pour l'écriture de mon prochain roman. J'avoue que je ne m'y attendais pas vraiment. On m'avait toujours dit non. Alors je suis habitué de me débrouiller avec un rien, de grapiller à gauche et à droite quelques minutes pour écrire une phrase ou deux, puis de tout mettre dans un tas à démêler plus tard, pendant une fin de semaine prise à mes frais, puis une autre, et une autre. C'est comme ça que s'est écrit Nos échoueries. C'est comme ça que s'est écrit mon mémoire de maîtrise. Je ne pensais jamais en sortir.

Mais voilà que j'ai un budget. Oh, ce n'est pas les gros chars, il faudra que je gère serré pour avoir assez de temps et tout à la fois assez d'argent pour vivre et pour mener à bien le projet. Mais c'est mieux que rien. Beaucoup mieux que rien. Beaucoup, beaucoup mieux.

Alors voilà. Il ne reste plus qu'a terminer les quelques petits contrats pour lesquels j'étais déjà engagé en-dehors du journal Voir et de Lettres québécoises, et après je n'en accepterai plus pour un bon petit bout de temps. La bourse permettra ça. Et de réduire un peu mes contributions pour Voir, même, peut-être. Y'a un pigiste nouvellement almatois qui avait l'air bien content de savoir ça - c'est lui qui prendra la balance.

Pour l'heure, je me sens comme un ti-cul qui vient de recevoir toute la collection des Lego Bionicles et à qui on a dit qu'il ne pouvait pas les toucher avant d'avoir fait sa chambre. Un ti-cul couché sur son lit qui regarde les boîtes cordées sur son bureau, trop obéissant pour ne pas se jeter à pleine main dans le premier paquet du bord, mais en même temps trop emballé par les formes qui se construiront entre ses mains pour s'attaquer véritablement à la tâche qui lui incombe.

Alors je pense. À ce voyage que je me suis promis sur le Brandy Pot. À cette retraite sur les Îles-de-la-Madeleine. À ces personnages au vécu de plus en plus riche et complexe qui évoluent déjà avec moi, devant moi, autour de moi. Qui m'interpellent. Je ne veux pas les taire. Surtout pas.

Faire le satané ménage de sa chambre soudainement trop grande. Faire ces contrats qui taponnent. Du pareil au même.

lundi 7 juin 2010

Critique de Nos échoueries (Dominique Blondeau)

«Nous sommes éblouis par le talent poétique de l'auteur, Jean-François Caron. La justesse des mots, leur profondeur décrivant les désordres moraux du narrateur, ses doutes sur ce qu'il adviendra de lui et de Marie, s'avèrent d'une densité telle que le lecteur vit intensément les péripéties qu'engendrent ses désirs de retrouvailles avec ce qui n'est plus, ses rêves enfantins que rarement il ajuste à la réalité. (...)
À lire absolument pour la beauté de l'écriture souple et forte. Pour sa poésie inspirée, qui, pas une seule fois, dénature les propos réalistes d'une histoire de chair et de pierre. De sang et d'eau.»
(Dominique Blondeau, Ma page littéraire)

Ces propos sont ceux de l'auteure Dominique Blondeau, qui tient un carnet WEB littéraire, et qui signe ce matin une critique fleuve de Nos échoueries, intitulée Toi, moi, mon village. Je vous invite à suivre le lien pour en prendre connaissance.

vendredi 28 mai 2010

L'encens des forêts du Nord

L'air de fin juin charrie les cendres du Nord. Là-bas, il y a tous ces feux, beaucoup de feux, qui mangent beaucoup de forêts. La télé ressasse depuis plusieurs jours des images de brûlure de paysage, de fumées étouffantes, d'avions-citernes jaunes qui crachent par le ventre, qui vêlent au-dessus des flammes, échappant leur lame d'eau opaque. Et malgré le fleuve qui s'impose comme une barrière marine, malgré la distance qui nous sépare des hectares calcinés, ça sent la fumée, et le ciel au nord rougeoie comme si le soleil était en train de s'y coucher. 
(Nos échoueries, p. 109)

Nos échoueries continue de m'habiter. Il parle dans mon quotidien, me revient par bribes, me raconte à nouveau. C'est une sensation étrange. Comme s'il était là pour continuer à faire écho à mon expérience du monde. Le texte est écrit, pas ma vie.

Est-ce que cette ambiance, cette atmosphère, se dissiperont assez pour me laisser écrire cette autre histoire?

***Soupir. 

mercredi 12 mai 2010

Kim Thuy et Nos échoueries

Ce matin, à l'émission Des kiwis et des hommes, l'auteure Kim Thuy, qui a écrit l'excellent Ru, littéralement en amour avec les éditions La Peuplade («y'a d'quoi!», vous me direz...), a affirmé qu'elle était en train de lire Nos échoueries - ce qui m'a évidemment fait grand plaisir. Mais elle est allée plus loin, affirmant que c'était excellent, et magnifique (#fondusurmondivan). Elle en aurait même parlé avec un libraire de Saint-Lambert lors d'un récent événement. Voilà qui émeut son auteur...

Ça m'a fait penser qu'il commençait à y avoir pas mal de monde qui s'était prononcé sur mon roman, et qu'il faudrait peut-être que je commence à consigner tout ça quelque part. Alors je suis en train de me monter un petit cartable... Et je suis encore bouleversé de relire tout ça. 

La version WEB de cette revue de presse est disponible sur mon (affreux) site Internet. D'ailleurs, faudrait peut-être que je pense à m'en faire un vrai, un site. Je vais penser à ça.

mardi 11 mai 2010

La couverture de Vers-hurlements et barreaux de lit

Un appel est venu changer le cours de ma journée hier. C'était Victor Lévy Beaulieu qui voulait prendre le pouls de ce qui se passait avec mon recueil de poésie, Vers-hurlements et barreaux de lit, qui sera publié aux éditions Trois-Pistoles en septembre prochain.

Je lui avais demandé récemment, par l'entremise d'une missive, s'il était possible de penser à une collaboration avec un artiste pour illustrer la couverture. Il m'a donné le feu vert. J'ai donc approché une artiste dont j'apprécie particulièrement le travail, qui a lu mon manuscrit et qui semble intéressée par le projet...

Mon recueil pourrait donc avoir une couverture. Je suis tout frétillant à cette idée... Je tais son nom en attendant que ça se concrétise, mais je suis très enthousiaste face l'éventualité de cette collaboration.

Nos échoueries au club de lecture

J'ai eu une belle surprise à mon retour. Dans le Progrès-Dimanche qui attendait patiemment dans la boîte postale, Yvon Paré publiait un long article traitant de Nos échoueries. Intitulé Caron réussit un coup de maître, l'article décrit entre autres le roman en citant plusieurs passages.
J'aime voir quelqu'un faire parler mon roman ainsi. Il a une vie bien à lui, maintenant, ce roman.

Un extrait de l'article:
«Jean-François Caron travaille par petites touches, place un décor, des personnages qui fascinent. On se laisse prendre par cette voix, les remises en question. Dur! Oui! Touchant en tout cas, remuant et fascinant. Un roman tout en nuances, en retenues et en chuchotements. Un ton surtout, une écriture incantatoire, une musique, une atmosphère.»
(Yvon Paré, Progrès-Dimanche du 9 mai 2010)
Cet article annonce en fait que mon roman entre dans la série du club de lecture du Quotidien/Progrès-Dimanche. Des lecteurs sont invités à transmettre leurs commentaires et critiques à propos de Nos échoueries à Yvon Paré en écrivant à l'adresse clubdelecture@lequotidien.com.

Aussi, dans le cadre du club de lecture, Yvon Paré a été invité à l'émission Beau Temps mauvais temps de Radio-Canada où il a fait une présentation critique du roman, avec en écho les commentaires de Paule Therrien (vous pouvez entendre en cliquant sur le lien).

Nos échoueries au Port de Tête

C'était le lancement métropolitain officiel de Nos échoueries vendredi le 7 mai à la librairie Le Port de Tête, située sur le Plateau Mont-Royal. Même en partant vraiment tôt de Chicoutimi, j'ai réussi à arriver en retard, pris dans le trafic à partir de Boucherville.
Arrivé sur place, il y avait là des un bel attroupement. Chantal Neveu, dont c'était aussi le lancement (de son superbe Coït), était tout simplement rayonnante. Et entre les rayons, des gens parmi lesquelles certaines personnes que je n'avais pas vues depuis une dizaine d'années. Ça m'a fait tout drôle. De les revoir. De savoir qu'elles s'étaient déplacées pour l'occasion.
Belle soirée, donc, et en bonne compagnie.

La fin de semaine s'est ensuite continuée dans la métropole - tant qu'à y être, autant en profiter! J'ai fait un saut à la Grande Bibliothèque où j'ai fait quelques recherches, pour avancer le dossier que j'écris pour Lettres québécoises, entre autres, mais aussi pour le nouveau roman. Beaucoup d'informations en peu de temps. J'ai fini par apporter des livres à l'hôtel, et j'ai continué de me gaver dans la soirée - et tard dans la nuit. Un autre beau moment...

vendredi 30 avril 2010

Nos échoueries dans La Presse

Je savais déjà depuis quelques jours que ça se produirait. Mais je n'osais pas en parler pour ne pas conjurer le sort. (Comme si j'étais superstitieux...) C'était peut-être le stress, aussi. J'ai toujours de la difficulté à accorder toute ma confiance en ce que j'écris, il faut croire. 

Et voilà que ce matin, après être allé porter le plus jeune au service de garde, j'ai fait un crochet à l'épicerie; j'ai marché tout droit vers le présentoir des journaux; je me suis penché sur la Presse; je l'ai feuilletée vitement; sur le point de me décourager, je suis tombé sur une image de la couverture de mon livre. Satisfait d'y trouver un texte qui en parle, j'allais refermer le journal mais j'ai succombé à la curiosité, planté au beau milieu de la place, oubliant ce qui se passait autour. Dans le magasin encore vide à cette heure matinale, il m'est venu cette bouffée de chaleur, une émotion à laquelle je ne m'habitue pas. Savoir que quelqu'un a aimé. Juste ça. Quelqu'un que je ne connais pas, qui a choisi de me lire, qui a tout traversé, et qui aimé. J'aurai sans doute l'air faible, mais j'ai presque pleuré. Ce n'est pas juste cet article. C'est la somme des quelques articles, et de ces gens qui ont lu Nos échoueries, qui m'ont arrêté dans un endroit public, qui m'ont écrit des courriels...

La caissière me regardait de travers d'en arrière de son comptoir. Je devais avoir l'air effronté de lire le journal comme ça sans l'avoir payé, j'imagine. Quand je m'en suis rendu compte, évidemment, j'étais gêné. Parce qu'alors, soit je passais pour un étrange en ne lui expliquant pas, soit je passais pour un vantard en lui expliquant. 

Pourtant, je suis juste un p'tit gars. Un p'tit gars qui sait enfin faire du vélo. Un p'tit gars qui vient d'embrasser une fille pour la première fois. Un p'tit gars qui a un beau bulletin. Un p'tit gars qui sait que tous ceux qui sont là sont venus pour son anniversaire. Un p'tit gars, quoi. Impressionnable et impressionné. 

Je me suis évidemment mis un pied dans la bouche. Vous avez écrit un roman? Oui. Je ne savais quoi dire de plus. C'est que, je suis un type particulièrement gêné, contrairement à ce que les gens pensent en général. Quand je n'ai plus mon chapeau de rédacteur en chef (et je ne le porte généralement pas à l'épicerie), je m'effacerais volontiers dans le papier-peint.

J'ai payé mon journal, suis revenu à la maison, ai relu la critique. M'en suis senti encore tout chose.

Ça fait un mois aujourd'hui que Nos échoueries a été lancé. Je ne suis pas habitué à autant «d'amour». Appelons ça comme ça. Ça fait du bien, beaucoup de bien.

Pis maudit que ça donne le goût d'écrire.

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Un lien vers la critique de Nos échoueries parue dans La Presse du 30 avril 2010.

mercredi 28 avril 2010

Su'a yeule

J'suis là en train de brailler sur mon divan, complètement exténué. Le petit est malade, je sens le vomi, les bouteilles de bières de la partie de hockey de lundi dernier trainent encore sur le comptoir au travers de la vaisselle pas faite. Trop eu de travail, je n'ai fait que le nécessaire. Les enfants ont passé avant le reste, c'est certain. Trop de travail. Je viens juste de déposer un texte en retard pour une revue - je compte sur les doigts d'une main le nombre de fois que c'est arrivé. 

Mais c'est pas pour ça que je braille sur mon divan. C'est parce que je viens de lire un billet qu'a signé Joël Martel sur son blogue. Un coup de poing su'a yeule. Quelque chose qui te laisse en commotion. 

Pis quand on commotionne, c'est bien connu, on hallucine. Ça fait que moi, j'hallucine la naissance de mon plus jeune, sa première année de vie, les machines de l'hôpital, nos larmes éclaboussées dans tous les corridors de l'hosto. Puis j'hallucine le petit en couche dans mes bras, et le plus vieux, le regard vide sur la galerie de la voisine d'en face, à écouter hurler la maison incendiée. Je me sens défait à rebours et pourtant ça fait du bien. De me souvenir combien, au fond, nous avons été forts. 

Tiens le coup, Joël. Dans pas long tu vas te rendre compte que tu étais bien plus grand, bien plus fort que tu pensais. C'est vrai que les papas sont trop souvent oubliés. Mais la confiance qu'on t'accorde est méritée. Il n'y a rien de plus certain.